p 9-214 : les Brownies.

BROWNIES

Robert Louis Stevenson disait :
 » Imaginez que ce petit fil de mémoire que nous traînons derrière
nous se rompe au ras de notre poche : à quelle vacuité,
à quelle nullité nous serions réduits. »

extrait de « Je suis PERDUE (quelque part) DANS LES LANDES » :
« Tel un envol spectaculaire, arpentez ce monde créé par quelques Brownies ! Ces êtres immortels, bourreaux de travail. Ces esprits qui dévorent les rêves comme un sanglier se frotte à l’ajonc…
Vous êtes vous déjà demandé pourquoi les plus grands écrivains, les plus populaires musiciens, les plus profonds mystères de notre ère sont issus d’Irlande et d’Écosse ? Voici le secret… dans ces territoires reculés, vit simplement un peuple discret et lettré, non pas de muses mais de farfadets qui traduisent nos songes en récits. Ces Brownies les subliment, puis nous laissent récolter notre part de bénéfices. Pour eux, seul compte le fait que nous nous plaisions dans nos chaumières, sur leurs hautes terres. »

Aussi appelés Brunie, Brùnaidh, Boggarts, Bucca, Bwiocd, Bogies ; les Brownies ne sont pas de petits gâteaux nord-Américains, carrés, hypercaloriques, au beurre et chocolat, agrémentés de noix de pécan et de pépites fondantes. Ils ne sont évidemment pas bien grands, puisqu’ils mesurent en moyenne, la taille de ce gâteau avant d’être divisé, soit une bonne vingtaine de centimètres. On les retrouve principalement en Écosse et dans les Orcades, mais aussi au pays de Galles et le Nothumberland.

Ces êtres sont classés dans la grande famille des lutins (qui regroupent, entre autres, quelques Silènes, Mauriacs, Mourioches, Farfadets, Robin Goodfellow, Erdluitles, Koboldes, Lurikeens,  Bonnets rouges et Domovoï…). Ils sont souvent décrits comme de bienfaiteurs petits êtres bruns vêtus de guenilles, d’environs 30 à 80 cm, dont le but est de venir en aide aux habitants de leurs contrées. Ce qui revient souvent est leur appétence pour les bibliothèques et l’odeur des vieux papiers et anciens objets. Ils vivent principalement dans les greniers et les murs creux. Il est dit que leur but était de venir en aide aux êtres humains, en faisant leurs tâches ingrates ou à résoudre les problèmes durant la nuit. Les Brownies ne se montrent pas, ce sont des familiers timides qui ne sortent qu’en cachette. La seule chose que ces elfes demandent en rétribution, c’est de pouvoir loger chez eux et d’être nourris. Voilà pourquoi, certaines maisons ont une pierre sur leurs pas. Il est de tradition d’y verser de la bière, du scotch, quelques oignons crus, un peu de crème ou d’y déposer du pain noir.

Leur dessein, vous l’aurez compris, est d’enrichir leurs terres de toutes les façons possibles, aussi bien en culture du sol qu’en culture de nos esprits. Ils vont jusqu’à écouter les écrivains dormir et récolter leurs grommelages nocturnes, afin de les traduire en récits prometteurs. Mais, si d’aventure les hommes interagissent à l’encontre de leur bon vouloir, il leur arrive de devenir colériques, bruyants et malfaisants, à l’image des esprits frappeurs. Mais si l’Homme respecte le travail assidus du Brownie en allant dans son sens, nulle raison de le craindre. Cependant, vous vous en doutez un peu, avec l’évolution et la suffisance hautaine dont nous pouvons faire preuve, nous autres humains n’avons plus vue en eux que des petites créatures viles et empêcheur de « polluer en rond ». C’est pourquoi, seuls les humbles poètes, les doux rêveurs et les plus nostalgiques prêtent encore attention aux signes de leurs présences bénéfiques.

Si nous cherchons bien, il est possible d’en retrouver quelques uns dans la Littérature ancienne et moderne, comme « Les Elfes de maison » de Harry Potter, ou dans les écrits de R.L. Stevenson (l’auteur de l’île aux pirates ou l’étrange cas du Dr Jekyll et Mr Hyde).

Je vous laisse avec cet extrait de :

Un chapitre sur les rêves, Robert-Louis Stevenson, 1887
(publié en 1888)

« Je ne puis que donner un exemple ou deux de la besogne qui est accomplie pendant le sommeil et de celle qui est accomplie à l’état de veille, et laisser le lecteur partager à sa guise les lauriers, s’il en est, entre moi et mes collaborateurs ; et pour ce faire, je prendrai d’abord un livre qu’un certain nombre de lecteurs ont eu la politesse de lire. L’Etrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde. Je m’étais longtemps efforcé d’écrire une histoire sur ce sujet, de trouver un corps, un véhicule pour ce puissant sentiment de la dualité humaine qui, par instants, assaille et terrasse fatalement l’esprit de toute créature pensante. J’en avais même écrit une, Le Compagnon de voyage, qui me fut retournée par un rédacteur en chef comme étant une oeuvre de génie, mais indécente, et que j’ai brûlée l’autre jour parce que ce n’était pas une oeuvre de génie et que Jekyll l’avait supplantée. C’est alors que survint l’une de ces fluctuations financières auxquelles (avec une élégante modestie) j’ai fait allusion jusqu’ici à la troisième personne. Pendant deux jours je me torturai la cervelle pour trouver une intrigue quelconque ; et la seconde nuit, je rêvai la scène de la fenêtre, ainsi qu’une scène qui fut divisée plus tard en deux, dans laquelle Hyde, poursuivi pour quelque crime, prenait la poudre médicinale et subissait sa transformation en présence de ses poursuivants. Tout le reste a été composé à l’état de veille et consciemment, bien que je crois pouvoir y reconnaître pour une grande part la manière de mes brownies. La signification de l’histoire, par conséquent, est mienne, elle avait longtemps préexisté, d’ailleurs dans mon jardin d’Adonis, essayant en vain d’un corps, puis d’un autre. En fait, c’est moi qui me charge du plus clair de la morale, hélas, car mes brownies n’ont pas le moindre rudiment de ce que nous appelons une conscience. L’environnement, aussi, est mien, ainsi que les personnages. Tout ce qui me fut donné, c’est la matière de trois scènes et l’idée centrale d’un changement volontaire devenu involontaire. Va-t-on trouver que je manque de générosité si, après avoir encensé libéralement mes collaborateurs invisibles, je les jette, ici, pieds et poings liés, dans l’arène des critiques ? Car l’affaire des poudres, que tant d’entre eux ont blâmée, n’est nullement mienne, je suis heureux de le dire, mais appartient aux brownies. »

Trad. de Traduction de Pierre Leyris, Mercure de France, 1975

Brownies_1
illustrateur inconnu

brownie brasssant de la biere
ill. C&R Sabatier

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