Il y a un peu plus d’un an, j’étais au salon du livre de Bretteville-sur-Ay (50). Là-bas j’ai rencontré Julys Thild, une très jeune autrice normande. Nous avions des goûts similaires, alors je lui ai acheté un de ses romans. Dès lors, il est venu se glisser dans ma PAL*. Celle-ci, avec mon emploi du temps « ministrOUS » a peiné à diminuer.
Halloween approchant et la minuscule période de pause s’insinuant, j’ai décidé de prendre un court bouquin sur le thème des fantômes…
Vous avez pu, ces derniers temps, voir sur mon compte instagram des clichés d’un livre… C’était lui !

 

J’avoue avoir eu un peu de mal avec les deux premiers chapitres. JE me disais « Mince… la gamine est sacrément superficielle… je ne vais pas accrocher ! » Mais, sachant que l’autrice a écrit cette histoire à l’âge de 14 ans, j’ai voulu lui laisser une chance. HEUREUSEMENT ! Puisqu’à ma belle surprise, la protagoniste évolue au fil des chapitres, elle mûrit avec les évènements. Finalement, j’ai adoré et vous le recommande.

Alors, quand j’ai vu que Julys Thild organisait un concours de fan-fiction pour Halloween, j’ai sauté sur l’occasion pour la remercier de cette agréable lecture. Le principe était « simple » l’exercice, moins.
Il fallait écrire une nouvelle entre 1 500 et 7 000 signes (faire si court, je n’ai plus l’habitude !). La contrainte était d’utiliser un des personnages des romans de Julys ET de créer une histoire sombre pour la thématique « 31 octobre » (le plus difficile n’étant pas de choisir LE héro 😉 ).
* Pile À Lire

Si vous avez ce roman dans votre PAL, vous risquez d’être spoilé. Alors ne dites pas que je ne vous ai pas prévenu (rires).
Donc, vous l’aurez deviné, de par le titre, j’ai remporté le concours et j’en suis vraiment ravie.

Défi accepté, défi relevé, défi réussi

Si vous avez 10 minutes devant vous, voici donc, ma fan-fiction :

« Déchunes, déchue »

Cette nuit était véritablement longue. Je ne m’en remets toujours pas. Alors que j’ai eu un mal de chien à trouver le sommeil, je fût réveillée par un son lourd et lointain. Quelque chose de dérangeant. Quelque chose de malsain. Comme un écho provenant d’une vie antérieure. Vous pouvez bien vous moquer. « Une vie antérieure, il n’y a qu’une adolescente qui pourrait parler de ce genre de choses avec autant d’assurance ! » Soit. Je ne suis pas bien vieille. Mais n’allez pas croire que je ne sais pas de quoi je parle, ni même que j’aime affabuler dans le but de me rendre intéressante. J’ai, certes, eu une période de ma vie où l’on aurait pu me catégoriser de jeune femme superficielle, mais cette époque est révolue. J’ai connu des évènements troublants, des passages à vide, des lubies insensées… Mais surtout, j’ai connu le deuil. Avec ce genre d’expérience, on ne peut plus être qu’un reflet de l’enfant perturbateur, que l’on aurait pu être auparavant. Avis aux mauvaises langues : ce n’est pas mon doudou perdu, ni l’absence d’un parent jamais connu dont j’aurais appris le décès, qui ont bouleversé mon petit cœur de pantin. Alors que je venais à peine d’arriver dans ce village infernal, j’ai connu le pire : la solitude du corps et de l’âme. En plus de cela, j’ai assisté au meurtre de mon père. Meurtre. Oui, ce mot est horrible. Personne n’a rien pu faire. Mais ce n’est pas le pire. Le pire c’est que l’affaire fut classée en simple accident technique. L’avion dans lequel il volait n’avait pas, selon les experts, été correctement checké avant le décollage. Jamais mon père, ni même son ami, n’aurait commis une telle erreur ! Ils n’étaient pas des débutants. Comment puis-je en être convaincue ? Tout simplement parce que je savais qu’ils n’atterriraient pas comme il le faut. On m’avait prévenue. ON ? Oui. J’en reviens à cette nuit. J’ai, il y a peu, été en contact avec des forces surnaturelles qui ont attenté à ma vie. Comme j’étais bien entourée et toujours sur mes gardes, les fantômes de ce village maudit s’en sont pris aux gens que j’aime. Là était leur véritable force. Ils se nourrissaient de nos désespoirs, de nos hantises. Mais celui qui dirigeait ces forces chthoniennes n’était autre que le Diable… en personne (si je puis le formuler ainsi).

Cette nuit, je revoyais papa en rêve. Il me souriait. Il était beau. Il était jeune ! Bien trop jeune, avant de partir pour l’aérodrome. Je lui adressais un salut timide de la main. Le genre de coucou que l’on fait quand on voudrait être ailleurs, mais dont on cache l’empressement. J’étais à la fois apaisée par cette dernière vision de mon père, à la fois contrariée par ce geste de la main. Je pense que la colère est montée en moi si intensément que j’en ai dérangé le Mal suprême. Si ce n’est pas lui, qui d’autre ? À peine avais-je pris conscience des picotements de détresse se propageant dans toute ma colonne que le son commença. Je ne le distinguai pas vraiment, au début. Je le présentais. Mais plus mon malêtre s’installait, plus l’impression s’insinuait. Plus ce flux s’étendait et plus la vague se matérialisait. Je dormais toujours, mais j’avais conscience que mon corps luttait. Il luttait contre la réminiscence du pouvoir banni. Alors, s’est élevé de nul part ce rire rauque et grinçant. Il aurait pu sortir tout droit d’un film d’horreur, qu’il en aurait collé des insomnies au plus téméraire de votre entourage ! Mais même le plus sceptique des hommes n’aurait pu rester de marbre aux notes mécaniques qui finirent par l’accompagner. Chacun de mes muscles se bandait sous la terreur. Les pores de ma peaux se resserrèrent en moins de temps qu’il ne le faut pour le dire.

Mon cuir chevelu commençait à picoter quand, à l’étage inférieur, sur la nouvelle acquisition de ma mère pour les cours de ma petite sœur, les notes tapèrent sur ma corde sensible. Alice aime la musique, mais si elle avait entendu le riff que j’ai moi-même perçu, jamais plus elle n’aurait touché à ce maudit clavier ! Le râle machiavélique dissonait parfaitement avec cette mélodie funeste. Alors, la vision de mon père souriant se mua en lugubre portrait. Ses lèvres se décharnèrent, laissant entrevoir des dents noircies par le feu. Ses cheveux s’embrasèrent et ses globes oculaires fondèrent en quelques secondes à peine. Moi, je suffoquais. Je ne pouvais plus aspirer suffisamment d’air pour reprendre le contrôle des mes émotions. Les quelques rares bouffées que mes poumons dévorèrent, furent asphyxiées par le souvenir de la fumée dégagée lors du crash. C’est alors que le rire explosa et le sifflement qui suivit n’était pas aigu. Il était sombre, glauque, caverneux… Je ne sais pas comment le décrire, mais il n’était humainement pas connu. J’avais dans mes rêves, dans mon lit, dans ma cage thoracique et dans mon salon la présence de l’être le plus vile que la création puisse compter. Je me réveilla en sursaut. Le cauchemar était enfin fini ! Mais la réalité allait reprendre le dessus.

J’eus à peine le temps de reprendre mon souffle que les notes de piano résonnèrent de plus belle. Le rire émanait à présent des murs. Pour couronner le tout, des clochettes carillonnèrent conjointement avec un tapement régulier dans l’escalier, qui approchait à grand pas cadencés. Mon cœur s’emballa. Mes larmes coulèrent. Des fourmis avaient envahit mes muscles mal irrigués. Je me suis rendue compte que je ne respirai plus. J’ai donc essayé de me remettre en marche. Seulement, tétanisée par la vision macabre de mon père en lambeau de feu, je n’arrivais pas à me rappeler comment faire. Rien que le fait de forcer mes organes à s’irriguer me déchirait de l’intérieur. Je mourais à petit feu, sans mauvais jeu de maux. Le tapement se rapprocha, le parquet grinça, la poignée de porte s’actionna…

Je restai haletante face au néant de l’embrasure. Le couloir était noir, pas une seule lumière ne perçait. Quelle heure était-il ? Que me réservait le suspens mortifère ? Qu’allait-on me faire ? Qui me tomberait dessus ? Qui, ou quoi ? Après ce qu’il me sembla être une éternité, je pris mon courage à « deux pieds » que je posai conjointement sur le parquet branlant de la vieille bâtisse. Mécaniquelent, j’emboitais un pas derrière l’autre. Je m’arrêtai au coin de mon armoire. Dans un même élan de folie, je bloquai mon souffle et empoignai le bouton doré, et tirai violemment. Rien. Le couloir semblait désert. Sur mes garde, j’allai actionner l’interrupteur en haut des marches sur ma gauche, priant pour que rien ne vienne s’agripper à mon poignet. Quand la lumière fût, mon angoisse à son paroxysme, je discernais parfaitement les contours de mon hallucination auditive. Il n’y avait effectivement rien. Rien d’autre que moi et mes cauchemars, depuis la mort de mon père. Rien d’autre que de terribles nuits, depuis que Ryan m’a quitté pour vivre, comble de ma vie, à Paris. Rien d’autre depuis que le calme est revenu, à Déchunes, le village fleuri d’une cambrousse qui ne fiche plus la frousse.

FIN

Par Mary b. Lucas

Ce roman vous intéresse ? Retrouvez les sur la page Facebook de Julys Thild, ainsi que ses dates de rencontre.
Retrouvez Déchunes, Sacrifice, Capteur de rêve, ainsi que son prochain roman, ici !

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