Plus que quelques jours avant la Noël, mais aujourd’hui est le jour de Yule. J’ai donc décidé de vous offrir ce petit présent qui, je l’espère, vous plaira !

Il y a quelques temps, j’ai participé à un concours de nouvelles, à l’occasion des 20 ans de la sortie du 1er Harry Potter. Le but était d’écrire une histoire courte au cœur de l’univers du « Laddie wha lived » (garçon qui a survécu, en gaélic). La première place a été remportée par un récit à haute teneur politique fort intéressant. Quand à ma participation, elle était à la deuxième place du podium, avec mon conte oublié de Beedle le barde, que voici :

L’elfe de maison qui avait toujours raison.
(Un conte oublié de Beedle le barde)

Dans une petite chaumière vivait une famille extraordinaire. Cette petite habitation n’avait rien de semblable aux autres maisons. Perdue dans un champs et vieille de plus de deux cents ans, ses murs blancs lui donnaient un air vivant. Face au sud stratégique, sa façade avait l’air magique. Pourtant, en dedans vivaient quatre cracmols d’origine mongole. Le père conduisait des hélicoptères. La mère était cuisinière. Le petit garçon fripon finirait certainement en prison. Quant à la petite fille, à son âge, elle ne jouait qu’aux quilles. Mais ce n’est pas cette famille, dont l’histoire je narre ici. Non, dans cette maison, vit aussi plusieurs petits êtres vivants, dociles et hilarants. Leurs grandes oreilles battent aux vents et leurs gros yeux sont aussi grands que des œufs. Pour ceux qui n’auraient pas trouvé : ce sont les elfes de maison. Vous aviez deviné ? Vous aviez donc raison.

Une maisonnée de passionnés. Tous étaient destinés à faire de petites choses raisonnées. Tous sauf un, qui ne suivait pas le même chemin. Ses rêves d’aventures ne se contentaient pas de jeter les ordures. Son envie de voir le monde, plus grande que la puissance du four à micro-ondes. Mais les règles sont formelles : point de fantaisie, le devoir est ici ! Alors chacune des longues journées finirent par, un peu plus, l’emprisonner. Drôle de petit Azkaban, cette maison aux murs blancs ; même s’il était libre de s’habiller et de jardiner comme et quand bon lui semblait, il finirait par s’évader ! Son plus gros soucis venait de sa famille. Ses frères disaient comme ses sœurs, qu’il prenait les choses trop à cœur. Qu’avoir des valeurs le rendait trop entrepreneur. Que son égo ne devait dépasser le zéro. Qu’un elfe de maison ne pouvait avoir raison. Un elfe de maison ne doit pas avoir de convictions. Un elfe de maison doit se faire une raison. Mais le petit Louison voulait tellement découvrir l’horizon.

Un jour d’automne, juste après que son réveil sonne, Louison avait prit sa décision : il cueillerait des champignons. Fusse là réellement son ambition, personne ne la remis en question. C’était la plus belle excuse que lui avait murmuré la muse. Enfoncé dans les sous-bois, il s’enfuirait de chez soi. Fini les réveils aux aurores et les tâches qu’il abhorre. Fini de lessiver les sols, les casseroles et les bols. Plus de corvées ni de fautes à se faire pardonner. Plus d’obligations, de promesses aux tisons, et de désillusions. Bonjour nouveauté, bonjour beautés ! La nature, l’aventure, la vraie magie de la véritable vie. Ce jour là, il enfila des bas, les plus chauds qu’il trouva ; son manteau de blaireau ainsi que son plus beau chapeau. Bref, des oripeaux qui ne feraient pas de vieux os face à une fée des eaux. Les premiers rayons de soleil finirent par le sortir de son sommeil. Sa marche dura très longtemps avant de voir un changement. Le décor toujours plus vert à mesure qu’il avançait, pris des nuances d’or et d’ombres violacées. Le vent soufflant de fin d’été prenait des airs de menuets et la faune fatiguée par la journée pressée, alla se coucher bien plus tôt qu’à l’accoutumée. Enfin, c’est ce que pensait Louison qui, loin de l’horloge du salon, ne voyant pas d’aiguilles bouger, n’avait aucune notion de durée. Avez-vous remarqué comme le temps semble long lorsque nous nous ennuyons, mais à quel point il s’enfuit quand nous prenons goût à la vie ? Son manque de repères temporels n’avait de sens qu’à la vue de ses grandes oreilles. Toute la journée, heureux et chantant, elles battaient le vent d’un air enjoué. C’est donc que sa décision de fuir la maison a été la meilleure qu’il ait prise depuis sa toute première brise. Mais les bois à l’heure tardive, font se coucher les belles grives. Mais les bois à l’heure plus sombre, deviennent plus denses que nos ombres.

Au bout d’un moment sans voir d’êtres vivants, Louison commença à avoir des frissons. Chaque forme devenait d’inquiétantes divinités. Chaque souvenir de ce qu’il avait pu lire, lui revînt en mémoire, à son grand désespoir. Chacune des histoires ressortait de chaque loir qu’il croisait. Toutes les histoires… du moins celles que l’on ne se raconte pas le soir. À mesure qu’il s’enfonçait dans la profonde obscurité, il sentit les trois poils de sa caboche se hérisser. Son sentiment d’insécurité grandissait à chacune des secondes écoulées. Un craquement, puis un crissement lui firent serrer les dents. Le hululement d’une chouette chevêchette et il ouvrit grandes ses mirettes. Que de sons étranges qu’il avait entendus aux dernières vendanges. Seulement, un bruit bien incertain et bien trop distinct réveilla son instinct. Une sorte de râle sonore lui resserra les pores. Jamais aucun bruit ne l’avait tant surpris. Non cela n’était pas l’étrange univers qui faisait que son ventre se serre. Le son était bien réel, bien ancré dans ses oreilles. Derrière lui, quelque chose soufflait ; l’envie lui pris de se retourner. Mais quand enfin il le fît, rien ne se produisit. Cette sordide impression hanta l’elfe de maison, qui souvent se retourna lentement. Au bout de ce qui lui paru être une trop longue marche, il s’installa sous une arche d’arbres à coquecigrue. La présence d’esprit de l’elfe érudit était telle, qu’auprès de son lit de fortune jaillit une étincelle. Un petit feu pour se réchauffer, mais surtout pour que les ombres se tiennent éloignées. À la lumière de son bûcher : point de feu follets. Il s’assoupit donc doucement, emplis d’un sommeil apaisant. Ses rêves le plongèrent au milieu de fougères, de piles de livres et de vivres. Il se voyait repus, entouré de phrases lues qui sortaient des pages telles des nuages. Quand soudain, un mot se détacha et se répéta tel un refrain. Fay. Fay, fay, fay…

Trempé de sueur il sorti de sa torpeur. Les étranges phrases du songe levèrent le voile sur le mensonge qu’il se répétait depuis la levée des étoiles. Devant lui, prêt à bondir, se dressait quelque chose de bien pire. Il avait donc encore raison notre elfe de maison ! Couvert de langes et de bandages, il eut été plus sage de croire encore à un cauchemar. Le saule qui devant lui se tenait était donc un arbre Fay. Patron des laissés pour compte, le Saule Fay raconte que notre fin est proche, si à la vie on s’accroche. Étouffés sous les lambeaux de veuves moldues, autant que nous croirions que de feuilles il en est dru ; l’arbre pesait son injuste punition par cette étrange foliation. Louison pris son courage à deux mains et passa outre la légende de son festin. On dit des arbres Fays qu’ils dévorent leurs troubles-fêtes en commençant par les pieds, se régalant de leurs têtes. L’elfe de maison qui, encore une fois, pensait avoir raison, lui proposa un marché : celui de ses branches le nettoyer. En échange de quoi, il aurait la vie sauve, et le secret des prochains fauves, la liste il aurait pour soi. Partant rejoindre la cour des anthropophages d’Obéron, il donna la liste des mages que pourrait rencontrer Louison ; qui satisfait vit son égo devenir aussi gros qu’un veau.

Après une bonne semaine, qu’il affronta non sans peines, l’elfe regrettait presque le temps où pour ses maîtres patients, il brûlait ses neuvaines. Partir à l’aventure est une activité bien fatigante pour qui n’a pas fait de préparation suffisante. La vie est faite de routiniers quotidiens, sinon comment apprécier l’inattendu sur notre chemin ? Mais la liste des contraintes étant enfin finie, Louison perdit toutes craintes de voir vaine sa première envie. Il continua donc son chemin vers le monde incertain. Après de multiples pas il découvrit une disciple de l’Envie. Beaucoup d’animaux fantastiques ont vu leurs réalités devenir caustique, mais jamais cet être mystique n’avait été vu au-delà l’Atlantique ! Jamais il n’aurait cru possible de voir chose si terrible. Au levé de cette journée, devant la brume qui disparaissait, de belles courbes naissaient. Telle une sirène, on la suit hors d’haleine ; la danseuse d’eau qui de la nature enlève le manteau. Au matin, après une nuit passée à danser, pour éviter le chagrin, on les surprend à manger l’épais brouillard qui épouse les nénuphars. Ces fées lacustres, ou Dames de brume, se frustrent à titre posthumes. Mortes avant leurs mariages, les danseuses d’eau cherchent dans les fourrages, un tendre puceau afin de l’attirer dans une danse d’éternité. Louison se souvient de quelques précieux refrains nommant ces êtres éperdus qui hantent certaines étendues. « Lorsque que la nuit d’été vous appelle vers les étangs enchantés, bouclez vos portes et fermez les volets ! »

Louison, l’elfe de maison, pensait avoir toujours raison. Jusqu’à présent personne ne le dément. Alors, aussi rusé que le renard, aussi futé qu’un Serpentard, Louison imagina un filon. Derrière son crâne noua ses grandes oreilles, pour qu’enfin il se pavane comme nul autre pareil. Son torse bombé, agitant ses mains d’une grâce volupté, enfin lui vînt ce discours enchanté :
— « Oh douce fée, me voilà tellement navré de ce qu’il vous est arrivé ! Je vous accorderais toutes les danses espérées, chaque nuit que vous renaissez, tant que la journée vous me laissez voyager. »

Seulement voilà, l’elfe pour une fois se trompa. Jamais il n’aurait du sous-estimer le mal-être d’une si grande fée. Lui qui pensait au jour pouvoir s’échapper, n’avait pas le cœur assez dévoué : ce qu’elle savait. Car depuis de nombreuses décennies, elle a vu passé plusieurs promis ; tous plus malhonnêtes les uns que les autres : des poètes, des tisserands, des apôtres… La danseuse de brume, le cœur lourd comme une enclume, son âme trop bouleversée pour se laisser berner ; a besoin pour exister de jeunesse et de gaité. Ce n’est pas par méchanceté mais par nécessité, car elle aussi a besoin de participer aux douces folies de l’été. Louison fût englouti sous les eaux, soumis dans un nouveau carcan. Il a abandonné ses travaux pour passer du bon temps. Jamais de rien il n’aurait manqué, même pas de liberté. Mais à en vouloir plus toujours, il s’est lui même jeté un mauvais tour. Adieu famille, adieu travail. L’aventure finie, il devint du bétail. Encore maintenant, à qui tend bien l’oreille, tel un revenant, son cri sort du sommeil. Un hululement démoniaque à faire pâlir l’insomniaque. Louison pleurs sa vie passé, l’aventure d’un foyer.

FIN

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